Celui-là dont nous avons parlé ci-dessus, chantait : Délivrez-moi, ô Seigneur,
de l’homme mauvais. Cette voix m’est autant agréable que le son qui résulte de
la collision de deux pierres, car son cœur crie à moi comme de trois voix.
La première voix dit : Je veux avoir ma volonté en ma main, dormir, me lever et
avoir mes plaisirs. Je donnerai à la nature ce qu’elle désire. Je désire avoir
de l’argent en la bourse, la mollesse des vêtements. Quand j’aurai cela, je
m’estimerai plus heureux que si j’avais tous les autres dons et les vertus
spirituelles de l’âme.
La deuxième voix dit : La mort n’est pas trop dure; le jugement n’est pas si
sévère qu’il est écrit. On nous menace de grandes peines par finesse, et on
donne moins que tout cela par la miséricorde; mais que je puisse faire ma
volonté en cette vie, mon âme ira où bon lui semblera.
La troisième voix dit : Dieu n’aurait point racheté l'homme, s’il ne lui voulait
pas donner le paradis, ni il n’aurait pas pâti, s’il ne voulait pas nous ramener
en la patrie. Ou bien, pourquoi aurait-il pâti, ou qui l’aurait contraint à ce
faire? Je n’entends point les choses célestes, si ce n’est par l’ouïe, et je ne
sais si je dois croire aux Écritures. Si je pouvais accomplir mes volontés, ce
serait mon fait, et je les recevrais au lieu du ciel.
Telle est la volonté de cet homme misérable; c’est pourquoi son oraison est à
mes oreilles comme le son qui résulte de la collision de deux pierres. Mais, ô
mon ami! je réponds à la première voix : Votre voie ne tend point au ciel, ni ma
passion amoureuse n’est pas à votre goût. C’est aussi pour cela que l'enfer vous
est ouvert; et d’autant que vous aimez les choses infimes et terrestres, vous
irez au plus bas des fondrières de l’enfer.
Je réponds à la deuxième voix : Mon fils, la mort vous sera très-dure, le
jugement intolérable et la fuite impossible, si vous ne vous amendez...
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