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JE suis le créateur du ciel et de la Terre, un en déité avec le Père et le
Saint-Esprit, je suis celui qui parlait aux patriarches et aux prophètes et
celui qu'ils attendaient. C'est pour accomplir leurs désirs, selon ma promesse,
que j'ai pris la chair humaine sans péché ni concupiscence, entrant dans les
entrailles de la Vierge comme un soleil resplendissant passe par la vitre pure
et transparente. En effet, comme le soleil, en passant par la vitre, ne
l'offense pas, de même la virginité de Marie n'a été
ni lésée ni offensée, quand j'ai pris d'elle mon humanité. Or, j'ai pris
l'humanité de telle sorte que je n'ai pas laissé la divinité.
Et bien que je fusse dans le ventre de la Vierge avec l'humanité, je n'étais pas
moindre en déité avec le Père et le Saint-Esprit, conduisant et emplissant
toutes choses, d'autant que, comme la splendeur ne se sépare jamais du feu, de
même ma déité ne s'est jamais séparée de l'humanité, pas même dans la mort.
D'ailleurs, j'ai voulu que mon corps, pur de tout péché, fût déchiré pour les
péchés de tous, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, et qu'il
fût attaché et cloué sur la croix. Certes, il est maintenant immolé tous les
jours sur l'autel, afin que l'homme m'aime davantage, et se ressouvienne plus
souvent des bienfaits et des faveurs dont je l'ai comblé. Mais maintenant, je
suis oublié de tous, négligé, méprisé, et chassé de mon propre royaume comme un
roi à la place duquel le larron pernicieux (le diable) est élevé et honoré.
Enfin, j'ai voulu que mon royaume fût en l'homme, et je devais à bon droit être
son Roi et son Seigneur, puisque je l'avais créé et racheté.
Or, maintenant, il a enfreint et profané la foi qu'il m'avait promise au
baptême, violé et méprisé les lois que je lui avais données ; il aime sa propre
volonté et dédaigne de m'ouïr ; en outre, il exalte le diable, ce pernicieux
larron, et il lui a donné sa foi. Il est vraiment larron, attendu qu'il me
ravit, par ses suggestions mauvaises et par ses fausses promesses, l'âme que
j'avais rachetée de mon sang. Il ne me la ravit pas parce qu'il est plus
puissant que moi, puisque je suis tellement puissant que je puis tout par ma
parole, et je suis si juste que, quand bien même tous les saints me
supplieraient, je ne
ferais rein qui serait tant soit peu contraire à ma justice ; mais il me la
ravit d'autant que l'homme, doué du libre arbitre, cède au diable, ayant méprisé
mes commandements : il est donc juste et raisonnable que l'homme expérimente sa
tyrannie. Car le diable a été créé bon après moi ; mais tombant par sa mauvaise
volonté, il m'est comme serviteur pour la vengeance des méchants.
Or, bien que je sois si méprisé maintenant, néanmoins, je suis si
miséricordieux, que quiconque demandera ma miséricorde et s'humiliera, je lui
pardonnerai tout ce qu'il aura commis, et l'affranchirai et le délivrerai de ce
larron pernicieux ; mais celui qui persistera à me mépriser, je le visiterai en
ma justice, de telle sorte qu'il temblera de peur à ma voix ; et quiconque
l'expérimentera dira : Malheur ! pourquoi a-je donc provoqué la Majesté divine à
l'ire et à l'indignation ?
Or, vous, ma fille, que j'ai choisie pour moi, et avec qui je parle de mon
Esprit, aimez-moi de tout votre coeur. non pas comme un fils ou une fille, ou
bien comme les parents aiment leurs enfants, mais plus que tout ce qui est au
monde ; car moi, qui vous ai créée, je n'ai pardonné à aucun de mes
membres pour l'amour de vous, et j'aime tellement votre âme que j'aimerais mieux
encore être crucifié une autre fois, si c'était possible, que de m'en priver.
Imitez mon humilité ; car moi, qui suis le Roi de gloire et le Roi des anges,
j'ai été revêtu de vieux haillons et attaché nu à la colonne. J'entendis tous
les opprobres, toutes les calomnies qu'on vomissait contre moi. Préférez ma
volonté à la vôtre, car ma Mère, votre Dame, depuis le commencement de sa vie
jusqu'à la fin, n'a jamais fait autre chose que ce que je voulais.
Si vous faites cela, votre coeur sera dans mon coeur et sera enflammé de mon
amour ; et comme ce qui est sec et aride est facilement enflammé par le feu, de
même votre âme sera remplie par moi, et je serai en vous, de sorte que toutes
les choses temporelles vous seront amères, et toute volupté charnelle vous sera
comme un poison.
Vous vous reposerez dans les bras de ma divinité, où il n'y a aucune volupté
charnelle, mais où il y a joie et délectation d'esprit ; car l'âme qui se
remplit de joie intérieurement et extérieurement, ne pense ni ne désire autre
chose que la joie dont elle tressaille. Aimez-moi donc tout seul ; et vous
aurez à foison tout ce que vous voudrez.
Eh quoi ! n'est il pas écrit que l'huile de la veuve ne défaillit point ? que
Notre-Seigneur a donné de la pluie à la terre, selon la parole du Prophète ? Or,
je suis le vrai Prophète. Si vous croyez à mes paroles et les accomplissez,
l'huile, la joie, l'exultation ne vous manqueront jamais.
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