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Mes amis sont comme quelques écoliers qui ont trois choses : la première, une
conscience et une intelligence ; la deuxième une sagesse sans l'avoir apprise
des hommes, d'autant que moi-même je les enseigne intérieurement ; la troisième,
c'est qu'ils sont plein de douceurs, et de dilection divine,
par le moyen de laquelle ils surmontent le diable. Mais maintenant, les hommes
apprennent au rebours :
1° ils veulent être savants pour s'enorgueillir et pour être réputés bons clercs
;
2° pour acquérir des richesses ;
3° pour se faire passage et jour aux honneurs et aux dignités.
C'est pourquoi, quand ils entrent et qu'ils sortent des écoles, je me retirent
d'eux, d'autant qu'ils apprennnent pour s'enorgueillir, et moi, je leur ai
enseigné l'humilité.
Ils y entrent pour la cupidité d'avoir, et moi je n'ai
rien eu pour appuyer ma tête. Ils y entrent pour obtenir les charges et les
dignités, portant envie à ceux qui les surpassent, et moi, j'étais jugé par
Pilate et j'étais risée d'Hérode: c'est pourquoi je me retire d'eux, car ils
n'apprennent pas ma doctrine. Mais néanmoins, parce que je suis bon et doux, je
donne ce qu'on me demande, car celui qui me demande du pain en aura, celui qui
me demande un lit le recevra. Or, mes amis demandent du pain quand ils
cherchent et apprennent la sagesse divine, dans laquelle est mon amour ; mais
d'autres demandent un lit, c'est-à-dire, une sagesse mondaine ; car comme il n'y
aucune utilité dans le lit, mais qu'il y a de la paille, pâture des animaux
irraisonnables, il en est de même de la sagesse du monde, qu'ils cherchent avec
tant de passion : il n'y a en elle aucune utilité, aucun rassasiement de l'âme,
toute sa sagesse est
réduite à néant et ne peut être vue de ceux par qui il était loué.
De là vient que je suis comme un grand seigneur qui a plusieurs serviteurs qui
distribuent de la part de leur maître tout ce qui est nécessaire ; de même les
bons et les mauvais anges s'arrêtent à mon commandement.
Or, ceux qui apprennent ma sagesse admirable, c'est-à-dire, à me bien servir,
sont servis par les bons anges, qui les repaissent d'une consolation indicible
et d'un délectable labeur. Mais les mauvais anges assistent les sages du monde,
leur suggèrent et forment en eux les désirs inutiles, selon leur volonté, leur
inspirant des pensées laborieuses.
Vraiment s'ils se tournaient vers moi, s'ils se convertissaient, je pourrais
leur donner du pain sans labeur. Le monde leur en donne, mais ils n'en sont
jamais rassasiés, attendu qu'ils changent la douceur en amertume.
Or, vous, ô ma chère épouse ! vous devez être comme le lait, et votre corps
comme une forme dans laquelle on met le lait jusqu'à ce qu'il ait pris la figure
de cette forme : de même votre âme, qui m'est douce et délectable comme un
fromage, doit aussi longtemps être purifiée et éprouvée dans le corps, jusqu'à
ce que le corps et l'âme soient d'accord et aient une même continence, que la
chair obéisse à l'esprit, et que l'esprit régisse et conduise dûment la chair à
toute sorte de vertus.
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